« Il a plu, il va y avoir des champignons. » La phrase est juste dans les grandes lignes et fausse dans le détail, et c’est le détail qui décide si vous rentrez avec un panier ou avec des ampoules. Voici ce que notre modèle prend en compte, en séparant ce qui est solidement établi de ce qui relève de l’observation de terrain.
Ce qui pousse n’est pas ce qui vit
Le champignon que vous ramassez est un organe de reproduction, le carpophore. L’être vivant, lui, est un réseau de filaments dans le sol et dans la litière, présent toute l’année. Il ne naît pas de la pluie. Il fabrique un carpophore quand les conditions rendent l’opération viable, et cette fabrication demande de l’eau, du temps et une température dans une certaine plage.
Cela change la façon de lire une prévision. Vous ne cherchez pas le jour où il pleut, vous cherchez le moment où le sol a fini de se recharger et où la température accompagne. Ce n’est pas le même jour.
La réhumectation de la litière, condition d’entrée
Une averse d’orage sur un sol sec est absorbée en surface, ruisselle et s’évapore. Il faut un cumul pour que l’eau descende dans la litière et y reste. C’est pour cela que notre score raisonne en cumul plutôt qu’en événement : 40 mm sur 7 jours et 70 mm sur 14 pour le cèpe de Bordeaux, 35 et 60 pour la girolle, 45 et 75 pour la trompette de la mort, qui est la plus exigeante en eau de nos espèces.
Sous 8 mm de pluie sur 14 jours, la porte sécheresse ferme le score complètement. Le raisonnement est que sans réhumectation, aucun primordium, c’est-à-dire aucune ébauche de carpophore, ne se forme du tout. Ce n’est pas un malus, c’est un blocage : aucune addition de points ailleurs ne peut le compenser. La porte se rouvre progressivement et redevient neutre à 25 mm.
L’humidité de l’air joue le même rôle, une marche plus loin. Sous 30 % d’humidité relative moyenne, notre score tombe à zéro ; à partir de 45 %, la porte est neutre. Un primordium formé dans un air très sec se dessèche avant d’atteindre une taille visible, et l’épisode pluvieux qui l’a déclenché ne donne rien.
Le délai, qui est la vraie information
Entre l’épisode pluvieux et la sortie des carpophores, il s’écoule typiquement 7 à 14 jours. C’est l’ordre de grandeur que nous retenons, et c’est ce qui fait qu’un cueilleur expérimenté part le week-end d’après, pas le lendemain de l’averse.
Ce délai varie selon l’espèce, selon la température qui suit et selon l’état du sol avant la pluie. Un sol déjà humide répond plus vite qu’un sol sorti d’un mois de sécheresse, qui consomme le premier épisode à se recharger et ne produit qu’au second. Prenez la fourchette pour ce qu’elle est, un repère plutôt qu’un calendrier.
La température, deux contraintes distinctes
Notre score traite la température par deux voies séparées, parce que ce sont deux questions différentes. D’un côté la moyenne sur 7 jours, comparée à la plage optimale de l’espèce : 12 à 20 °C pour le cèpe de Bordeaux, 8 à 15 °C pour la morille, 16 à 26 °C pour le cèpe bronzé. De l’autre les nuits, qui doivent rester au-dessus d’un minimum propre à l’espèce, et l’amplitude entre le jour et la nuit, dont l’optimum se situe autour de 9 °C.
Le blocage thermique est symétrique. Si la moyenne sur 7 jours, ou le minimum nocturne seul, dépasse de plus de 10 °C la plage de l’espèce, le score tombe à zéro. Une canicule et un gel durable bloquent la fructification de la même façon, indépendamment de la saison, de la pluie et de l’habitat. Des nuits elles-mêmes au-dessus du plafond sont particulièrement pénalisantes : elles ne laissent aucun répit thermique, même sous une moyenne encore acceptable.
Le « choc » thermique : ce qu’on peut en dire et ce qu’on ne peut pas
L’idée circule beaucoup : une chute brutale de température après une période chaude et humide déclencherait la fructification. Elle est plausible, et elle correspond à ce que beaucoup de cueilleurs observent en fin d’été. Un stress thermique est un signal crédible pour un organisme qui doit décider de se reproduire avant une saison défavorable.
Mais il faut être honnête sur le statut de cette idée. Ce qui est bien établi, et que nous modélisons, c’est qu’une espèce a une plage de température dans laquelle elle fructifie et en dehors de laquelle elle ne fructifie pas, et qu’une amplitude jour/nuit modérée est favorable. Ce qui relève de l’empirique, c’est l’idée qu’une variation brutale serait un déclencheur en soi, distinct du simple fait d’entrer dans la bonne plage.
Notre score ne contient aucune composante « choc thermique ». Il regarde des états, pas des dérivées : moyenne sur 7 jours, minimum nocturne, amplitude. Une chute de température y est visible indirectement, parce qu’elle fait entrer la moyenne dans la bonne plage ou creuse l’amplitude jour/nuit. Nous n’avons pas voulu inventer un terme dédié pour un mécanisme que nous ne savons pas quantifier. Si la littérature en donne un jour une forme chiffrée, la composante s’ajoutera.
Ce que la météo ne dira jamais
Quatre conditions météo parfaites sur une parcelle sans mycélium donnent zéro champignon. C’est la limite structurelle de tout modèle de ce genre, et elle mérite d’être répétée. Notre score croise saison, météo, altitude et type de forêt ; il ne sait rien du sol, de l’âge du peuplement, de l’historique de la parcelle ni de la présence effective du champignon.
C’est aussi pour cela que le score sort avec un intervalle de confiance, qui s’élargit quand les données météo sont partielles ou quand le type de forêt de la zone est inconnu. Le détail des composantes, des poids et des seuils est sur la page méthodologie, et les sources de données sont listées sur la page à propos.